Les années passent en Irak, et l'équilibre des forces change. Au printemps 2004, une soudaine insurrection lancée par Moqtada Al-Sadr contre les forces armées américaines et coalisées, en pleine bataille de Falloujah, avait contraint le commandement américain à renoncer à prendre la ville sunnite pour combattre avec acharnement les milices sadristes. Quatre ans plus tard, celles-ci ont apparemment renoncé après moins d'une semaine de combats, après avoir combattu avant tout les forces de sécurité irakiennes - certes souvent encadrées par des forces spéciales américaines et britanniques - et avant de subir toute la puissance de feu des forces occidentales.
Les pertes subies par "l'armée du Mahdi", la milice sadriste subventionnée par Téhéran, sont probablement une explication de ce phénomène : avec près de 1000 combattants perdus en 5 jours, preuve a rapidement été faite que la force ne semblait pas une option très prometteuse. Surtout que contrairement à ce qui s'était passé en 2004, la proportion des forces irakiennes ayant renoncé à combattre et ayant pris les armes aux côtés des sadristes s'est révélée très limitée. Les efforts considérables de la communauté internationale pour le nouvel État irakien, qui vient de subir une épreuve importante, semblent donc porter leurs fruits. Même si cette brusque flambée de violence est également un bras-de-fer politique entre factions chiites.
Sur un plan strictement militaire, il apparaît que les miliciens sadristes n'ont pas fait le poids face à la combinaison essentiellement irako-américaine : les combattants à pied et embarqués dans des véhicules tout-terrain légèrement armés, mais progressant ouvertement et prennant des positions fixes, sont des cibles rêvées pour des forces conventionnelles locales en mesure, grâce à leurs conseillers "occidentaux", d'obtenir rapidement des feux de précision sur leurs ennemis. Et comme les forces de la coalition n'ont pas dû brutalement modifier leur dispositif militaire en Irak, contrairement encore une fois à 2004, on mesure mieux l'évolution des forces en présence.
Dans ces conditions, on voit mal comment les médias occidentaux (et tout ceux qui les croient encore) s'obstinent à ne voir encore et toujours dans l'Irak qu'un "bourbier" où toute chance de succès est perdue à jamais. On voit au contraire depuis des années, malgré des erreurs et des tâtonnements, que ce conflit de basse intensité provoque dans la douleur la naissance d'un acteur régional nouveau, un Irak nationaliste à majorité chiite, un État fragile et composite avec lequel il faudra certainement compter au Moyen-Orient, notamment sur le plan économique et militaire. A condition, naturellement, que les États-Unis ne renoncent pas soudain à le soutenir...
