C'est un article du New York Times affirmant que les experts militaires apparaissant sur les médias américains sont en fait manipulés par le Pentagone qui m'a valu l'invitation à m'exprimer ce soir, sur la Radio Suisse Romande La Première, au cours de l'émission Forums.
En fait, cet article révèle avant tout que le Département américain de la Défense tente d'utiliser les officiers généraux et supérieurs en retraite comme vecteur pour ses messages-clefs et s'appuie pour ce faire sur leur loyauté envers leur service ou sur leur intérêt personnel à bénéficier d'un traitement particulier. Il détaille la méthode employée, qui relève de la campagne d'information stratégique et montre une connaissance solide des mécanismes propres à un conflit asymétrique pour un belligérant démocratique. Mais il n'y a pas de manipulation avérée au sens exact du terme : les experts en question ont parfois tu leurs doutes et mis leurs nuances entre parenthèses pour ne pas perdre leur position privilégiée. Une chose que les journalistes seraient en peine de leur reprocher, eux qui font exactement pareil !
Ce thème répond par la bande à certaines interpellations ci-dessous sur la question des experts. Il montre que ceux-ci, loin d'être autoproclamés, sont en règle générale des catalyseurs d'informations, des individus qui, par leur expérience, par leur savoir, par leurs contacts et par leur perspective, sont en mesure de rassembler des données inaccessibles et/ou inexploitables pour autrui. Une carrière militaire en est un exemple évident, avec la possibilité de contacter les gens en place pour obtenir discrètement une confirmation. Mais en acceptant le risque d'être ainsi utilisé comme vecteur par ceux que le système empêche de s'exprimer, et en tenant compte de conflits d'intérêt potentiels qui peuvent rapidement ruiner toute crédibilité.

Commentaires récents